La République des Bâtards

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Revue de presse et interviews radio

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lundi 1 août 2011

WEEK- END DU 31 JUILLET 2011 (suite 1)

"A Maurice, surtout en ce qu'il s'agit de l'histoire des hommes, toutes les vérités sont mensongères et tous les mensonges peuvent être vrais." Un rapide survol du livre permet de se rendre compte que l'auteur a beaucoup de respect pour les Marrons, les Libres et les Noirs un peu moins pour les colons. "C'est vrai. Je suis un homme de gauche qui dans son livre rend hommage aux petits, Je ne suis pas de ceux qui ne rendent hommage qu'à Mahé de Labourdonnais et aux grands colonisateurs loués comme les bâtisseurs de Maurice. Je ne suis pas de ceux qui glorifient toujours Adrien d'Epinay en oubliant les autree faire devenir ce qu'il est aujourd'hui. Je ne suis pas un écrivain très conventionnel, qui suit l'ordre des choses établies par l'Histoire officielle. Et d'ailleurs, je ne suis pas un historien mais quelqu'un qui a écrit un livre sur l'histoire en soulignant les détails croustillants qui rendent humains les personnages historiques." Pour qui a été écrit ce livre ? "J'ai probablement écrit d'abord pour moi-même, au départ. Je voudrais que ce livre soit lu par tous. Je voudrais que le maximum de Mauriciens le lisent, se l'approprient. Surtout qu'il n'y a pas un livre d'Histoire accepté de tous dans notre pays. Il n'y a pas une seule histoire mauricienne : pour le moment chacun tire de son côté et reinterprète l'histoire à l'avantage de sa communauté, de sa caste ou de sa famille." Est-ce un livre de règlements de comptes ? "Pas vraiment. A Maurice, c'est une accusation commode que l'on sort à tout bout de champ. Si certains le pensent, tant pis pour eux : ils n'ont qu'à regarder la réalité en face. Les situations que je décris dans le livre, les relations entre communautés, les préjugés ont existé — existent encore. A Maurice, surtout en ce qu'il s'agit de l'histoire des hommes, toutes les vérités sont mensongères et tous les mensonges peuvent être vrais. Cela perdure malheureusement. Je ne pense pas que j'ai écrit pour régler des comptes, mais j'admets qu'il y a dans ce livre un petit côté revanchard. La pimentocratie, comme le disait l'abbé Nagapen, j'en ai souffert, comme tous les métis de mon âge dont les parents vivaient sur les propriétés sucrières. Comme tous les Mauriciens, je sais le mal que peuvent faire les palabres lancés sous les varangues." Quelle est la signification du titre ? "Maurice est, quelque part, et dans le sens noble du terme, une république de bâtards. Tous ceux qui ont gouverné cette colonie ont traité les petits de bâtards ou d'appellations diverses et variées. Mon titre est un pied de nez à tout cela. De toutes les manières, surtout dans une île comme la nôtre, les habitants sont tous des bâtards même ceux qui prétendent que leurs ancêtres descendent des cuisses de Jupiter." "Maurice est, quelque part, et dans le sens noble du terme, une république de bâtards" En juillet de l'année dernière, après plus d'une centaine de jours de travail intense, l'écrivain en herbe se rend compte, avec surprise, qu'il a écrit un roman de plus de 500 pages en quatre mois alors que d'autres prennent des années pour noircir une centaine de pages. "Quand j'ai eu fini d'écrire, j'ai mis tout ça sur un CD, puis je suis allé l'imprimer sur papier. C'est là, quand il a fallu acheter des rames de papier et des cassettes d'encre pour l'imprimante, que je me suis rendu vraiment compte de l'importance du volume. En termes de pages, pas d'intérêt. Je l'ai imprimé puis donné à lire à des amis qui l'ont lu et m'ont encouragé à le faire publier. C'est là que j'ai découvert ce que signifie éditer un livre. Il s'agit de revoir l'ensemble, de vérifier les détails et l'orthographe, d'enlever ce qui est de trop pour ne garder que l'essentiel. J'ai commencé à faire ce travail avec un écrivain professionnel, mais nous ne nous sommes pas entendus. Puis, comme je n'avais pas trop le choix, j'ai fait appel à ma mère qui est enseignante pour m'aider à faire l'édition. Nous avons fini en février de cette année." On pourrait dire que, quelque part, que "La République des bâtards" est un ouvrage familial dans la mesure où ce sont les études généalogiques du père qui lui ont servi de point de départ et que c'est la mère qui a aide à éditer le manuscrit ? "C'est une manière de résumer les choses." Et comment ont réagi les parents au contenu du livre : "Maman, qui a travaillé la version finale avec moi, n'a rien dit. C'est peut-être sa manière de dire son appréciation. Mon père l'a trouvé vraiment très bien. Je reconnais aujourd'hui que j'avais un peu peur de sa réaction, surtout que je me suis inspiré de l'histoire de sa famille, mais il l'a très bien pris. D'autant plus qu'il m'a aidé à faire imprimer le livre." Après l'édition, le nouvel auteur a découvert les secrets de la publication. "J'ai envoyé des copies du manuscrit à des éditeurs en France qui ne m'ont même pas répondu. J'ai alors décidé de le faire imprimer à compte d'auteur et j'ai trouvé des sponsors – non commerciaux – pour me soutenir et le livre est sorti au début du mois de juillet." Maintenant qu'il est sorti des presses et commence à avoir de bonnes critiques, est-ce que l'auteur est satisfait de son livre ? "Cela dépend des jours. Parfois, j'ai des doutes d'avoir fait quelque chose de bien. J'attends de voir ce que le public pense du livre. Jusqu'ici, je n'ai eu que des compliments d'amis. Mais je me méfie un peu, très amicalement, de l'avis de mes amis, qui veulent peut-être me faire plaisir. C'est vrai que j'ai écrit vite, je suis peut-être prolifique ou alors je n'avais que ce roman à écrire. Est-ce que je suis un écrivain ? Franchement, je ne le sais pas." Si Bertrand d'Espaignet se pose des questions sur son livre et sa vocation d'écrivain, par contre, il est sûr d'une chose : il ne veut pas que sa photo figure dans ce portrait. "Je ne suis pas sûr qu'un écrivain ait besoin de montrer son visage. Ce qui est important, c'est ce qu'il écrit, non ? Je veux être l'écrivain dont on ne connaît pas le visage." Mais après discussion, il a accepté de publier sa photo… de première communion. Je vous le disais dans le chapeau de ce texte : Bertrand d'Espaignet n'est pas un écrivain comme les autres.

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WEEK- END DU 31 JUILLET 2011

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Portrait:Bertrand d'Espaignet, écrivain débutant

Article paru dans Week-End | 31 juillet, 2011 - 14:03

Bertrand d'Espaignet est né dans une famille qui aimait la lecture et l'Histoire. Ce qui est le cas de beaucoup de familles mauriciennes qui entretiennent un rapport passionné avec leur histoire. Plus exactement, celle que l'on raconte dans les dîners de famille. Sa mère, Maryse, était enseignante et femme de théâtre et son père, haut fonctionnaire et ancien Clerc de l'Assemblée législative, était un collectionneur de livres d'Histoire. Si Bertrand lit beaucoup, ce ne sont pas des études de lettres qu'il entreprend après ses études secondaires, mais celle d'économie et de gestion. Le futur romancier n'a-t-il jamais pensé à faire des études d'Histoire ? "Non, sans doute parce que cette matière n'était pas enseignée comme matière principale à l'époque. Mais j'ai beaucoup lu sur l'Histoire à travers la collection des ouvrages de mon père. Je me suis surtout intéressé aux petites anecdotes de la grande Histoire de Maurice et d'ailleurs." Après ses études universitaires, il devient enseignant en gestion – un bon enseignant dans cette matière selon ses collègues et ses élèves – pendant des années. Et puis, il y a quelque temps, il ralentit son rythme et pratique son activité professionnelle uniquement à mi-temps. Au contraire de la natation et du surf qu'il pratique régulièrement, et passionnément, dans la région de Pointe d'Esny où il vit heureux "et loin de la ville". Jusqu'à l'année dernière, Bertrand d'Espaignet n'entretenait que des rapports "normaux" avec l'écriture : "J'écrivais beaucoup de lettres et de mails à mes parents et amis. Ceux qui les recevaient m'ont toujours dit que je le faisais bien, que c'était vivant, caustique, croustillant et qu'il fallait que j'écrive. Je les ai écoutés et il y a quelques années je suis allé suivre un cours de formation en écriture organisé par un journal. A la suite de cette formation, qui m'a intéressé, j'ai envoyé des textes à une responsable du journal en pensant qu'elle allait les publier. Je n'ai pas eu droit à une réponse. Je me suis dit que je ne savais pas aussi bien écrire que ça, et je suis retourné faire du surf." Et puis, l'année dernière, le 13 mars plus précisément, il se met à son ordinateur et commence à écrire un roman. Comme ça, d'un coup, sans aucun signe avant-coureur ? "Disons que depuis des années, j'ai énormément lu, j'ai engrangé des choses sur l'Histoire, sur ses héros, sur certaines situations. Et puis mon père avait fait des recherches généalogiques sur sa famille. Il avait des faits et des dates sur son histoire. Je les ai un peu utilisés comme base pour raconter l'histoire d'une famille à Maurice de la fin de la colonisation française et du début de la colonisation anglaise. J'ai essayé d'imaginer le reste et j'ai collé le tout sur des personnages et des situations qui ont existé." Combien de temps a pris l'exercice d'écriture ? "Quatre mois. C'était comme quelque chose qui était en moi et que je devais expulser, coucher sur du papier. J'ai romancé en imaginant certaines choses." Avait-il en tête la trame de ce roman qui court quand même sur plus de cinquante ans ? "L'histoire d'un jeune colon français qui reçoit un coup de fusil anglais dans ses lesses, juste avant la bataille de Grand Port, trottait dans ma tête depuis des années. J'en ai fait le point de départ de mon roman qui est aussi celle d'une famille à travers des périodes agitées de l'histoire de Maurice avec une incursion en France. La seule chose dont j'étais sûr, c'était que je ne voulais pas écrire un livre d'histoire dont les lecteurs diraient en le lisant "que c'est chiant !" et le mettre de côté. Pour que l'histoire soit digeste, il fallait qu'elle soit romancée. J'en ai profité pour rétablir certains faits. Comme cette légende qui voudrait que le nom Macondé vienne d'un monsieur Condé et du mât où il mettait ses drapeaux, alors qu'il s'agit, en fait, d'une nation du Mozambique dont des dizaines de milliers de membres ont été décimés par les esclavagistes."

(la suite au prochain billet)

lundi 25 juillet 2011

Finley Salesse interviewe B. T. d'Espaignet sur Radio One

Écoutez l'Interview sur Radio One de Bertrand Tursan d'Espaignet par Finley Salesse le dimanche 24 07 2011:

Express Dimanche

Article sur Express Dimanche du 24 07 2011 Express_Dimanche_23_07_2011.jpg